janvier 4, 2026

Colonies illégales à un rythme record, violence systématique et opérations militaires vident les communautés palestiniennes sous le regard passif de la communauté internationale.
L’augmentation des colonies israéliennes en Cisjordanie a atteint un niveau record en 2025, selon le dernier rapport des Nations Unies. Ce chiffre confirme l’accélération d’une annexion territoriale qui a porté le nombre de ces implantations de 141 en 2022 à 210 aujourd’hui, soit une hausse de 49 % en trois ans, d’après le groupe de surveillance Peace Now. Au total, on estime qu’environ 500 000 colons vivent déjà en Cisjordanie et 200 000 autres à Jérusalem-Est.
Cette expansion accélérée n’est que la partie la plus visible d’une stratégie de colonisation que l’ONU et des organisations de défense des droits humains qualifient de crime de guerre. Le mécanisme est progressif : d’abord, des avant-postes provisoires sont érigés, puis consolidés par des infrastructures telles que des routes réservées aux colons, avant que des décisions administratives ne viennent, a posteriori, les légaliser. En 2025, le gouvernement israélien a approuvé la régularisation de dizaines de ces enclaves.
La décision la plus récente remonte au dimanche 21 décembre dernier, lorsque le gouvernement israélien a approuvé la création de 19 colonies illégales en Cisjordanie occupée, dont quatre avaient été évacuées en 2005 conformément aux accords d’Oslo.
Ces décisions ont suscité la condamnation de l’ONU et de plusieurs gouvernements européens, qui rappellent que les colonies violent clairement le droit international humanitaire. Mais ces déclarations diplomatiques n’arrêtent pas les chantiers ni ne rendent la terre : les communautés palestiniennes voient leurs terres agricoles devenir inhabitables.
Avec ces colonies illégales, la violence des colons israéliens à l’égard des communautés palestiniennes rurales et bédouines augmente. L’année 2025 a enregistré un record d’incendies d’habitations et de cultures, d’agressions physiques, de blocages de chemins et d’occupations de terres. Ces attaques, documentées par des recensements et des témoignages, révèlent une logique : la violence est un outil pour contraindre le déplacement de la population palestinienne et faciliter l’expansion territoriale des colonies.
Un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés décrit comment des communautés entières dans la vallée du Jourdain et dans d’autres zones de Cisjordanie ont été poussées à abandonner leurs foyers après des mois de harcèlement constant.
Les accusations pointent une connivence entre colons armés et forces de sécurité israéliennes : les attaques ont lieu en présence de soldats, les plaintes aboutissent rarement et, dans certains cas, des opérations militaires interviennent ensuite pour « sécuriser » la zone déjà vidée. Le résultat est un déplacement silencieux, sans images d’expulsions massives, mais avec un effet cumulatif dévastateur sur la carte démographique palestinienne.
Ces derniers mois, les incursions dans les villes et les camps de réfugiés se sont multipliées, avec des raids nocturnes, des couvre-feux prolongés et l’occupation temporaire de logements transformés en postes de commandement ou en centres d’interrogatoire. Dans des localités comme Qabatiya ou Jénine, des familles palestiniennes ont dénoncé le fait que leurs maisons ont été occupées par des soldats pendant des jours, les obligeant à se déplacer ou à rester enfermées, tandis que, dans les rues, avaient lieu des arrestations, des destructions d’infrastructures et des affrontements armés.
Human Rights Watch est allé plus loin en qualifiant le « vidage » des camps de réfugiés en Cisjordanie de crime contre l’humanité, dans le cadre d’une opération militaire visant à détruire complètement la vie communautaire. Des points de contrôle renforcés, des routes coupées et des démolitions laissent une large partie de la population piégée dans un espace où se déplacer, étudier ou travailler devient un défi quotidien. Les restrictions d’accès aux terres agricoles et à l’eau affectent directement la sécurité alimentaire de communautés entières et fragilisent des économies familiales déjà précaires. À cela s’ajoutent des cas comme la mort d’un adolescent palestinien de 16 ans à Tuqu’, abattu lors d’un raid, qui illustrent comment la frontière entre « opération de sécurité » et punition collective s’estompe dans la pratique.
La société palestinienne de Cisjordanie déploie une résistance organisée et des stratégies de survie quotidienne. Dans les camps de réfugiés et les villes, les raids nocturnes, les arrestations sans inculpation et la présence permanente des forces armées génèrent un climat de stress chronique. Psychologues et organisations locales alertent sur une augmentation des traumatismes, de l’anxiété et de la dépression, surtout chez les enfants et les adolescents qui ont grandi en normalisant la violence et l’occupation. Des comités populaires documentent les attaques de colons et les abus militaires avec des vidéos et des témoignages, tandis que des organisations paysannes tentent de maintenir la production agricole en vie dans des zones sous pression des colons. À leurs côtés, des ONG palestiniennes et israéliennes travaillent à porter des cas devant les tribunaux nationaux et les instances internationales, en insistant sur la responsabilité juridique des autorités israéliennes.
Des organismes de l’ONU, des gouvernements européens et des organisations de défense des droits humains ont publié des rapports condamnant l’expansion des colonies, la violence des colons et les opérations militaires, soulignant que ces actions constituent de graves violations du droit international et des crimes de guerre. Pourtant, les mesures concrètes — sanctions, embargos sur les armes — restent limitées, créant un fossé entre les dénonciations et l’action. Cette déconnexion s’est manifestée en décembre, lorsqu’Israël a refusé l’entrée à une délégation de parlementaires et d’ONG canadiennes qui souhaitait observer la situation sur le terrain, invoquant une « menace pour la sécurité publique ». Ce fait reflète l’impunité avec laquelle on agit et le risque de voir se consolider une annexion de facto de la Cisjordanie.
Ce qui se joue aujourd’hui en Cisjordanie affecte l’horizon politique du conflit. La fragmentation physique du territoire rend plus difficile d’imaginer un État viable. En parallèle, la violence des colons et les opérations militaires vident les communautés, dessinant un nettoyage territorial progressif. L’avenir de la Cisjordanie dépendra de la capacité de la société palestinienne à maintenir ses réseaux communautaires et de la volonté de la communauté internationale d’aller au-delà de la rhétorique et d’agir. Pour ceux qui y vivent, la question est de savoir si leur peuple existera encore lorsque, enfin, un accord sera signé.
Pour en savoir plus :
Source image: B'tselem Interactive Map, capture écran du 4 janvier 2025